Une sortie du nucléaire au Japon

Le Japon peut se passer d'électricité nucléaire, aussi bien l'hiver que l'été, comme le montre une analyse de la production d'électricité au cours des douze dernières années.

Selon les années, entre 2006 et 2010, le nucléaire a représenté de 23% à 28% de l'électricité produite au Japon (15% en 2011).

Lors de la catastrophe nucléaire de Fukushima, plusieurs réacteurs étaient déjà à l'arrêt, certains depuis plusieurs années comme trois des sept réacteurs de Kashiwazaki Kariwa (depuis 2007, un 4e est resté en réparation pendant 4 ans) ou pour leur maintenance annuelle (vérifications, réparations et rechargement de combustible).

Par la suite, et en plus de ceux endommagés dans diverses centrales, tous les réacteurs ont été arrêtés à la date de leur maintenance sans redémarrer ensuite. En effet, malgré les tentatives de l'industrie nucléaire et du gouvernement central, la population s'oppose au redémarrage des réacteurs. Depuis un an, la population est beaucoup mieux informée des dangers du nucléaire et de nombreux mensonges des compagnies ont été révélés : accidents non signalés, rapports falsifiés, compromission de l'autorité de sureté …

Une situation semblable s'est déjà produite en 2002 lorsque, à la suite d'accidents et de rapports de sécurité falsifiés, Tokyo Electric Power (Tepco) a été contraint d'arrêter les dix-sept réacteurs nucléaires alimentant Tokyo et plusieurs autres villes (voir plus loin).

Production d'électricité au Japon en 2011 - Total et nucléaire (TWh/mois)
Source : Agence internationale de l'énergie (IEA/AIE)

Le dernier réacteur nucléaire en activité a été arrêté le samedi 5 mai 2012, sur un total de 50 réacteurs "en principe" opérationnels mais dont plusieurs étaient en réalité inactifs depuis plusieurs années.

Le redémarrage d'un réacteur doit être autorisé par les autorités locales, en particulier par le gouverneur (préfet) qui est élu et n'est pas disposé à prendre une décision d'une telle importance alors que la population s'y oppose. Son avenir politique est en jeu.

Du fait de sa situation insulaire, le Japon n'a aucune connexion électrique avec les pays voisins : Corée au sud et Russie au nord. Sa consommation d'électricité est donc égale à sa production. Des liaisons électriques sont cependant envisagées, au moyen de câbles sous-marins haute tension à courant continu (HVDC : High Voltage Direct Current).

Identique à la consommation, la production d'électricité a peu varié entre 2010 et 2011. La production totale sur douze mois est passée de 1.038 TWh à 1.012 TWh (-2,5%). En se limitant aux neuf mois d'avril à décembre, la production totale elle est passée de 755 TWh à 735 TWh (-2,6%) et la production nucléaire de 213 à 88 TWh (-58%).

Production d'électricité au Japon en 2010 et 2011 - Total et nucléaire (TWh/mois)
Source : Agence internationale de l'énergie (IEA/AIE)

Cependant, la répartition de la consommation d'électricité a été différente, le report de quelques heures de certaines consommations importantes permettant de limiter la pointe électrique de la soirée. D'autres consommations ont été réduites, limitant ainsi le gaspillage d'électricité trop fréquent dans ce pays. Les japonais prennent d'ailleurs mieux conscience de la possibilité de vivre aussi bien tout en économisant l'énergie.

Les statistiques des dix compagnies d'électricité japonaises concernent uniquement l'électricité commercialisée par ces compagnies, sans prendre en compte l'électricité produite par d'autres producteurs pour leur propre usage. Ces statistiques, disponibles plus tôt, diffèrent donc des statistiques publiées au niveau national et international.

Ainsi, lors de la pointe hivernale de consommation de janvier 2012, la production totale d'électricité était de 87,4 TWh, dont 83,6 TWh sans nucléaire (3,8 TWh en nucléaire). La production d'électricité non nucléaire était intermédiaire entre la production totale de juillet 2011 (82,9 TWh) et celle d'août 2011 (84,2 TWh). Le passage de l'été 2012 est possible sans aucune coupure, à condition de décaler certains usages en dehors de la pointe électrique, de réduire un peu la climatisation et d'éviter tout gaspillage.

Cette sortie rapide du nucléaire, imposée par les circonstances et non planifiée, entraine un recours supplémentaire aux combustibles fossiles pendant une période d'adaptation. La durée de celle-ci dépendra de la réduction des besoins en énergie, pour un même confort (isolation …), et de la rapidité de croissance des énergies renouvelables.

C'est toute la différence avec la sortie du nucléaire en Allemagne, décidée par la loi de février 2002 pour une sortie du nucléaire en vingt ans [ Allemagne : nucléaire, fossiles, renouvelables ] qui permet une sortie harmonieuse du nucléaire par le développement rapide des énergies renouvelables. Selon la nature des prochaines évolutions politiques, ce pays produira de 35% à 47 % d'électricité renouvelable en 2020.

En France 44 % de l'électricité peut être produite par des énergies renouvelables dès 2025, la part du nucléaire étant réduite à 46 % et celle des combustibles fossiles à 10 %. Sans coûter plus cher qu'en conservant la proportion aberrante de 75 % de nucléaire.

Liens :
Allemagne : nucléaire, fossiles, renouvelables
Allemagne : 35% ou 47% d'électricité renouvelable en 2020 ?
Dès 2025 : 44 % d'électricité renouvelable en France


Tokyo Electric : dix-sept réacteurs nucléaires arrêtés en 2002-2003

Durant l'été 2002, à la suite de plusieurs accidents liés aux réacteurs nucléaires ou au retraitement du combustible (uranium), des révélations ont montré que de nombreux rapports d'inspection de sécurité avaient été falsifiés. Entre autres, une réaction en chaîne au réacteur n°3 de Fukushima en 1978.

La société Tepco a été contrainte de fermer ses dix-sept réacteurs nucléaires à partir de septembre 2002. En avril 2003, tous les réacteurs étaient arrêtés, à l'approche de l'été.

Cela n'a pas entraîné de crise pendant l'hiver 2002-2003, saison pendant laquelle la pointe de consommation électrique est en général un peu inférieure à celle de l'été.

Quelques réacteurs ont été redémarrés de façon provisoire et diverses mesures ont été prises pour l'été 2003 qui, en fin de compte, s'est bien passé, sans délestages comme cela a dû se faire dans l'urgence au printemps 2011.

Lire aussi : La fin du nucléaire au Japon

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